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Cette version Web de mon livre de 1985, épuisé, et que l'on me demande régulièrement, a subi les rigueurs de la transcription en langage HTML: elle est donc dépourvue de l'important appareil de notes qui l'accompagnait, et de surcroît quelques erreurs de numérisation n'ont sans doute pas été corrigées. Dr. Pierre Sabourin, Paris, avril 1998 |
Sommaire
Introduction
: Ferenczi, tendre et passionné
PREMIÈRE PARTIE : LES ORIGINES
Chapitre 1 : Ambiance familiale et culturelle
1. La maison Fränkel-Ferenczi
2. " Personne d'autre ne peut me comprendre quand je pleure "
3. " Plus solide que du bronze "
4. Psychiatre militant et subversif
5 Avant la rencontre avec Freud
b) " Deux erreurs de diagnostic "
c) " L'amour dans la science "
d) L'homosexualité
e) Le statut des médecins à l'hôpital
f) " Conscience et développement "
g) " L'Utraquisme "
1. L'enthousiasme
2. Ferenczi, premier témoin
3. L'attentat et la délégation paternelle (Freud - Jung)
4. Traumatisme sexuel modèle
Chapitre III : Le " frère aîné sans reproche "
1. Les trois coups de Nüremberg
2. Théorisation
b) Homoérotisme
c) Désir de désir
4. Les critiques et les précurseurs
DEUXIÈME PARTIE.- CONFLITS
CLASSIQUES
Chapitre IV : A propos des principes
1. 1923 : Ferenczi a cinquante ans
2. Thalassa - Catastrophes
3. Ferenczi - Rank
4. Voyage aux USA
5. Ferenczi - Groddeck (l'entre-deux
femmes)
Chapitre V : A propos des techniques
1. La logique et l'acte
2. La " technique active " : " une nouvelle règle "
3. L'injonction paradoxale
4. Une pianiste croate
5. Les névroses de caractère
6. Contre-indications, élasticité
7. Stratégie ou esquive?
TROISIÈME PARTIE : ENJEUX
MODERNES
Chapitre VI : Réhabilitation du trauma dans la théorie
1. Une question déplacée
2. " L'enfant trop bien élevé "
3. Séduction, commotion, déduction
4. Rêve à répétition et désaveu
5. Absence à soi-même
Chapitre VII : " Poésie et vérité scientifique "
1. Double malentendu
2. " Qui est fou ? "
3. Double langage
4. " Confusion des langues ", confusion des lois
5. " Névrose de frustration "
6. " Délire scientifique "
1. Amitié ou amour de transfert?
2. Deuil ou " roc du biologique " ?
3. Ferenczi le parrain ?
4. Derniers jours ou dernières heures
Nécrologie de Ferenczi par Sigmund Freud
5. L'héritage (esquisse
de l'influence de Ferenczi) : Hongrie, Angleterre, USA, France
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accueil Pierre Sabourin
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bibliographie
A Monsieur Patterson, co-directeur des S. Freud copyright, à Monsieur Haynal et Madame Judith Dupont, membres du Comité d'Edition de la correspondance Freud-Ferenczi, pour l'autorisation de publier dans cet ouvrage certains passages de la correspondance de Freud, la plupart inédits, que j'ai à chaque fois essayé de situer dans leur contexte.
A mes collègues de traduction du Groupe du Coq Héron : Suzanne Achache Wiznitzer, Judith Dupont, Suzanne Hommel, Georges Kassai, Françoise Samson et Bernard This.
Toute ma gratitude à Judith, sans laquelle ce livre n'aurait pu se réaliser ; elle a bien voulu en relire le manuscrit ainsi que Madame Eva Brabant.
Je remercie encore pour leur documentation Madame Marie-José Thiel et Mademoiselle Marilène Weber.
Merci enfin à Maria Torok pour son accueil
toujours précieux.
Une seule solution, grâce aux matériaux inédits dont nous disposons : découvrir les aspects insolites de son œuvre, retrouver après les avoir oubliés les ressorts subjectifs de certaines de ses positions polémiques, renouer ensemble mythe et fantasme, logique et biologique, l'insu de sa quête névrotique et le non-dit de son désir, le texte même de sa dépendance à l'inconscient et de sa fidélité aux exigences scientifiques.
Ferenczi Sándor, comme il signe lui-même, à la hongroise n'est en effet ni une doublure de Freud, ni un dissident, mais de 1908 à 1933 — année de sa mort — il devient le correspondant permanent de Freud, l'exception parmi les élèves et les amis, l'enfant terrible parmi les sauvages de la horde des frères, pour être désigné, un jour, en 1929, comme le " grand Vizir secret " d'un Freud, Sultan de sa propre cause.
Dès avant cette rencontre fulgurante avec Freud, qui va transformer sa vie, Ferenczi était déjà engagé dans une lutte contre l'ordre établi médico-psychiatrique de son pays. Sa défense publique des homosexuels, son insistance à mettre en place une nouvelle psychologie de l'amour, son étude de la pathologie du milieu médical, anticipent précisément ses recherches psychanalytiques et font de lui, dès cette époque, un chef de file de la contestation par rapport aux pédanteries à la mode.
D'autre part, l'élaboration intérieure de son enfance, sa curiosité et son expérience de neurologie classique bouleversée par les théories évolutionnistes et les principes de la méthode expérimentale, expliquent, en partie du moins, l'incroyable maturité de ce jeune psychiatre de trente-cinq ans, qui part enfin à Vienne rencontrer l'auteur de " La Science des rêves ". Certes, la première lecture qu'il fit de ce livre ne fut pas la bonne, mais ce contretemps est pour lui un objet d'auto-analyse qu'il exposera en détails. Il publiait déjà sur des sujets comme le spiritisme, l'hypnose, la paranoïa...
L'élève admiratif et scrupuleux qu'il cherche à être sera très vite adopté par Freud, comme un ami, sinon comme un intime, en tous cas aussitôt reconnu comme un maître en puissance ; maître de la pratique de l'analyse, empirique avant d'être spéculatif, chercheur de stratégies efficaces, m2Cltre aussi dans l'art subtil de rester solidaire et prosélyte d'une pensée en révolution permanente. Trop jeune, il né sera jamais cet " autre moi-même ", comme Fliess l'avait été ; trop proche de Freud, il ne sera pas, comme Jung, ce président indispensable au mouvement dans ces années fébriles d'avant-guerre, quand Freud cherchait à conquérir des terres nouvelles : la psychiatrie internationale et l'univers des gentils.
Pour l'amour de Freud, Ferenczi sera le maître d'œuvre de l'Association Internationale, en 1910, son " paladin ", dans cette grande saga politiquement si délicate et psychanalytiquement si proche d'un gigantesque échec. Sa mort brutale, le 22 mai 1933, dans sa soixantième année, laissera la " famille psychanalytique " bien éclatée, quoiqu'il ait cherché jusqu'au bout à éviter la rupture entre Européens et Américains. Freud, quant à lui, craignant depuis longtemps sa propre disparition, et quelles que soient les discussions aigres-douces qu'ils aient eu ensemble, ne prévoyait que Ferenczi comme successeur à la tête du mouvement.
Mais Ferenczi est mort le premier. Les difficultés entre les deux hommes n'ont pas encore été étudiées historiquement, par l'impossibilité d'accès aux documents ; mais pour comprendre le destin étrange de certains textes comme " Confusion des langues " et l'aventure de certains concepts, comme celui de " trauma ", il faut nécessairement réévaluer les positions fluctuantes de Freud, et la sclérose du post-freudisme ; de même faut-il découvrir le deuxième titre de " Thalassa " : " Catastrophes dans le développement du fonctionnement génital ", pour saisir l'axe fondamental de la double recherche de Ferenczi : clinique et spéculative.
Présenter Ferenczi aujourd'hui, c'est donc prendre position, sinon prendre parti ; c'est s'interroger sur le sens des camouflages qui grèvent encore les textes d'origine de la psychanalyse, (niais enfin, les secrets ne sont plus ce qu'ils étaient). A défaut d'en connaître le contenu, on en connaît l'existence : telle lettre de Freud à son fils aîné se trouve consignée jusqu'en l'an — de grâce — 2032 ; une lettre à Breuer l'est aussi jusqu'en 2102. Est-ce seulement pour ménager les héritiers, comme le suggère avec humour Paul Roazen, dans sa lettre -à l'International Journal of Psychotherapy? Comment comprendre l'élimination complète d'un passage si important de la lettre Freud-Fliess du 22 décembre 1897 ? Là où curieusement, trois mois après sa fameuse trouvaille " Je ne crois plus à ma neurotica ", voilà qu'à nouveau il y croit... Comment comprendre l'escamotage de cette portion de lettre, publiée en entier par Masson, quand on y lit que Freud y fait le lien entre l'origine de la psychose et la censure russe dite du caviardage, c'est-à-dire " l'absence apparente de signification du délire " ? Comment ne pas remarquer alors que ce sont ces problèmes-là, précisément, qui orchestrent le vrai malentendu entre Freud et Ferenczi ? Soit quelle dimension doctrinale doit-on concéder à la commotion psychique dans l'art de la cure ?
Présenter Ferenczi, c'est donc différencier, sans nécessairement les opposer, deux espaces théoriques, comme Freud d'ailleurs a toujours su le faire, quand il le voulait. Schématiquement il y a :
Ainsi, -présenter Ferenczi, c'est tenter de sortir du post-freudisme orthodoxe, c'est se dégager du puritanisme qui, comme l'écrit Michel Foucault, " impose son triple décret d'interdiction, d'inexistence et de mutisme " ; c'est enfin soutenir la nécessité d'un accès à des textes complets comme le seront son Journal clinique de l'année 1932, " Poésie et vérité scientifique " et la correspondance Freud-Ferenczi (en cours de traduction), supposant des lecteurs adultes capables de juger par eux-mêmes.
En conclusion de ce passage de la lettre à Fliess, refoulée par Kriss, Anna Freud et Marie Bonaparte, Freud citait Goethe : " Was hatt man dir, du armes kind getan ? " (Qu'est-ce qu'on t'a fait, à toi, pauvre enfant?). Il voyait même là comme une nouvelle devise de la psychanalyse. Serait-ce ça l'insoutenable du discours de Freud ?... Toujours est-il que Ferenczi, le " frère aîné sans reproches ", est devenu victime émissaire pour le mouvement analytique, fou de Freud pour Jones, tête de turc pour l'idéologie.
Voilà qu'il se révèle aujourd'hui,
bien au contraire, de plus en plus précurseur et pionnier. C'est
démonstratif à la lecture de son Journal où, à
la fois tendre et passionné pour la cause qu'il soutient, il reste
lucide jusqu'au bout de son autocritique et lutte avec force contre la
paranoïa de l'autorité qu'il stigmatise, entre autres, sur
ce mode pathétique : " Dieu est fou, le monde est dans le chaos!
". Ne serait-ce pas un écho à cette strophe du dernier poème
du poète-soldat, Sándor Petöfi, mort au combat en 1849
? :
Comme ils furent, fidèlement,
Qui pourra croire
Que cette histoire
D'horreur est bien la nôtre, hélas
On prétendra que ce sont là
Les divagations sanglantes
Nées d'une cervelle démente "